Afrique de l’Ouest : les acteurs culturels veulent repenser la cité pour construire la paix
2/12/25
Face aux fractures qui traversent la région Afrique de l’Ouest, des guerres asymétriques au réchauffement climatique, le Pr Yacouba Konaté, éminent critique d'art, lance un appel vibrant. En tant que modérateur général du panel sur « Citoyenneté régionale, culture de la paix et amélioration du cadre de vie », il a esquissé les contours d'une nouvelle citoyenneté ouest-africaine, inclusive et porteuse d'avenir, où la culture de la paix et l'amélioration du cadre de vie deviennent des réalités tangibles.

L'Afrique de l’Ouest fait face à des défis d'une complexité inouïe. Selon le Pr Yacouba Konaté, les nations sont minées par des fractures internes profondes, souvent héritées d'un passé féodal mal digéré. Ces tensions sont exacerbées par des conflits d'un nouveau genre : des guerres asymétriques qui déstabilisent les États et terrorisent les populations.
À cette instabilité politique s'ajoute une crise environnementale majeure. Le réchauffement climatique n'est plus une menace lointaine ; il se traduit par une pression accrue sur l'accès aux ressources essentielles comme l'eau et les terres arables, devenant ainsi une source directe de conflits entre communautés.
La citoyenneté, plus qu'un passeport
Pour répondre à cette crise multidimensionnelle, Yacouba Konaté propose une rupture intellectuelle : il est urgent de repenser la notion même de citoyenneté. Il ne s'agit plus de la concevoir uniquement comme le lien juridique entre un individu et un État-nation.
Sur une région où les identités sont plurielles et les frontières parfois artificielles, la citoyenneté doit embrasser cette complexité. Elle doit devenir un ciment social capable de transcender les appartenances ethniques ou régionales pour forger un destin commun. Cette nouvelle citoyenneté régionale est la pierre angulaire d'une paix durable.
A cela, s’ajoutent les leviers comme l'éducation et la jeunesse qui, selon plusieurs acteurs, constituent les paris de l'avenir
Comment instaurer cette nouvelle vision ? La réponse, pour le Pr Konaté, réside dans l'éducation. Elle est le vecteur principal pour promouvoir une culture républicaine et citoyenne solide, capable de résister aux sirènes du repli identitaire.
Loin d'être un problème, la jeunesse africaine, majoritaire sur le continent, représente un potentiel immense. Pr Konaté insiste sur la nécessité de voir ces jeunes non comme une charge, mais comme les principaux vecteurs du développement et de l'innovation. Investir dans leur formation et leur donner les moyens d'agir sont la clé pour transformer les défis en opportunités ; d’où le fameux concept du dividende démographique.
Les femmes, piliers du changement sociétal
Dans cette quête d'un avenir meilleur, un autre acteur est fondamental : les femmes. Le Pr Konaté met en lumière leur rôle indispensable dans le changement sociétal.
Souvent en première ligne pour gérer les conséquences des crises, elles sont aussi des agents de résilience, de médiation et de reconstruction.
Leur pleine participation à la vie politique, économique et sociale n'est pas une option, mais une condition sine qua non pour bâtir des sociétés plus justes et plus stables.
En dépit des obstacles, l'optimisme reste de mise, car c'est en s'appuyant sur l'énergie de sa jeunesse et la force de ses femmes que l'Afrique pourra véritablement améliorer le cadre de vie de ses populations.
En ouverture des travaux de ce panel, le ministre de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme du Sénégal, M. Amadou Ba, estime que la Cedeao des peuples doit être déterminant face aux défis de la région.
Sur ce point, il met le curseur sur la bonne application des textes sur la libre circulation des personnes et des biens. Pour y parvenir, il appelle à s’appuyer sur les facteurs culturels afin d’instaurer une paix durable dans une région en proie avec des crises cycliques.
M.Ba pense qu’au-delà de l’aspect économique, l’intégration doit être un fer de lance dans le processus d’intégration. Le ministre de la Culture du Sénégal invite ainsi à la coordination et la labellisation des ressources culturelles ouest-africaines pour mieux tirer profit des industries culturelles créatives.


