Culture et Crises en Afrique de l’Ouest : ECOFEST ouvre un nouveau front intellectuel pour repenser l’intégration régionale
2/12/25
Réunis à Dakar dans le cadre de la première édition du Festival des Arts et de la Culture de l’Afrique de l’Ouest (ECOFEST), des experts de la sous-région ont animé la Conférence inaugurale sous le thème « Mutations et crises politiques en Afrique de l’Ouest : que peut faire la culture ? ». L’universitaire sénégalais, le Professeur Mamadou FALL a posé les bases d’un débat continental majeur : celui de la culture comme remède, levier stratégique et horizon d’avenir pour une région traversée par les crises politiques, sécuritaires, identitaires et économiques.

La Culture comme réponse aux fractures profondes de la région
Dans son discours d’ouverture, le professeur Mamadou FALL a rappelé que chaque conflit, aussi politique soit-il, trouve en réalité ses racines dans une difficulté culturelle.
« La Culture n’est pas un décor ; elle est le premier instrument de convivialité, le lien qui permet aux peuples de se reconnaître », a-t-il lancé, en présence de plusieurs personnalités dont le Secrétaire d’État à la Culture, aux Industries créatives et au Patrimoine historique, M. Bakary SARR et la Commissaire au développement humain et aux affaires sociales de la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), Pr Fatou Sow SARR.
Selon lui, les crises actuelles rythmées par des coups d’État, des tensions communautaires et des défis sécuritaires sont largement alimentées par :
- Une dissonance culturelle ancienne,
- Un affaiblissement des identités communes,
- La rupture progressive des liens symboliques, linguistiques et narratifs qui faisaient autrefois la force des sociétés ouest-africaines.
Il estime que seule la Culture peut réparer ces fractures, parce qu’elle est la matrice où se rencontrent les destins partagés, les valeurs partagées et les intérêts communs.
Rappelant les travaux de Jean-Pedro Blas, artiste-peintre vénézuélien et espagnol, il a souligné l’existence d’une unité culturelle africaine profonde, une unité que les politiques publiques et les systèmes éducatifs négligent encore.
La Culture, comme socle des identités communes
Pour le Professeur FALL, il est urgent de réintroduire les identités communes dans la pédagogie, dans l’épistémologie et dans les politiques de développement.
Il a proposé plusieurs pistes structurantes, notamment un recentrage de la production culturelle vers la jeunesse, une réinstallation de la dimension de l’histoire partagée et une construction de compétences interculturelles par les contes, récits et traditions orales. L’universitaire sénégalais a également plaidé pour la création de bases de données culturelles nationales et d’un label patrimonial régional pour stimuler un tourisme culturel durable.
« La culture est une économie politique, une force, une énergie. Elle n’est pas un spectacle ; elle est un moteur de cohésion », a-t-il conclu, appelant à un changement de paradigme culturel à l’échelle ouest-africaine.


