ECOFEST 2025 : Les entraves à la mobilité artistique au cœur des préoccupations

3/12/25

Réunis mercredi 3 décembre 2025 au Musée des Civilisations Noires de Dakar, en marge de la première édition du Festival des Arts et de la Culture (ECOFEST), des acteurs culturels ouest-africains ont longuement débattu des obstacles qui entravent la circulation des artistes et de leurs œuvres dans l’espace communautaire.

Face à un public venu nombreux, Marième Bâ, Secrétaire générale de la Biennale de l'Art africain contemporain de Dakar, et Aboubacar Ouango, chargé du marketing et de la recherche du financement du Festival Panafricain du Cinéma et de la Télévision de Ouagadougou (FESPACO) ont livré des diagnostics sans concessions, accompagnés de recommandations fortes.

Marième Ba, forte de plusieurs années au cœur de l’organisation de la Biennale de Dakar, a rappelé l’ampleur de l’événement qui peut accueillir jusqu’à 150 nationalités. Une dynamique internationale florissante, mais paradoxalement contrecarrée par des difficultés régionales persistantes.

« Autant nous pouvons recevoir des œuvres provenant des Caraïbes ou des États-Unis en moins de cinq jours, autant il faut parfois 15 à 30 jours pour qu’une œuvre arrive de Côte d’Ivoire », déplore-t-elle.

Les procédures douanières, les coûts de transport interrégionaux et l’absence d’harmonisation des dispositifs au sein de la CEDEAO pèsent lourdement sur le fonctionnement de la Biennale, dont une grande part du budget est absorbée par le transport des œuvres.

Elle pointe également un autre frein majeur : la qualité insuffisante des dossiers soumis par de nombreux artistes de la région.

« Ils ont le talent, mais pas toujours les outils pour valoriser leur travail », affirme-t-elle, soulignant les difficultés rencontrées par les comités de sélection internationaux pour identifier des profils professionnels. Cette faiblesse structurelle limite la mobilité, la visibilité et les opportunités offertes aux artistes africains eux-mêmes, paradoxalement davantage repérés par des institutions étrangères que par leurs voisins du continent.

Aboubacar Ouango, représentant du FESPACO, a dressé un constat similaire pour le secteur du cinéma. Si le protocole de libre circulation de la CEDEAO existe, « le terrain demande la valeur de l’application », regrette-t-il. Les tracasseries aux frontières, l’arbitraire administratif et les lenteurs d’autorisation continuent de freiner la mobilité des artistes et de leurs équipes techniques.

« Les mécanismes existent, mais leur application reste très difficile », insiste-t-il, rappelant que même les déplacements entre villes frontalières peuvent devenir un parcours d’obstacles.

Face à cette situation, les deux intervenants ont formulé plusieurs recommandations pour améliorer la situation. Marième Bâ a plaidé pour une plus grande souplesse administrative : facilitation douanière pour toutes les manifestations officielles comme « off », accompagnement institutionnel pour les artistes en séjour au Sénégal, et soutien logistique pour l’acheminement des œuvres.

Aboubacar Ouango a, pour sa part, insisté sur la nécessité de renforcer les coproductions audiovisuelles entre pays africains, d’encourager les synergies techniques et de multiplier les initiatives d’éducation à l’image auprès des jeunes publics. Il a également proposé la mise en place de campagnes de sensibilisation aux frontières afin de réduire les tracasseries et de mieux faire vulgariser les dispositifs de libre circulation.

En conclusion, ce panel d’ECOFEST a rappelé l’urgence d’une action concertée pour faire de l’espace communautaire un véritable territoire d’échanges culturels fluides et dynamiques une condition essentielle pour que les artistes africains circulent, collaborent et rayonnent, chez eux comme dans le monde.