ECOFEST : Le Cousinage à plaisanterie, gage d’une cohésion sociale

5/12/25

Plusieurs acteurs culturels et sociologues africains se sont réunis jeudi 4 décembre au Monument de la Renaissance Africaine pour discuter du rôle fondamental du cousinage à plaisanterie dans les sociétés africaines.

Placée sous le thème « Le Cousinage à Plaisanterie : un Vecteur de Cohésion Sociale et de réconciliation au service de la Renaissance africaine », la conférence a exploré les avantages et les limites de cette tradition sociale qui transcende les générations.

Cette rencontre est organisée sur initiative du Monument de la Renaissance Africaine, l’Association « Mbokatoor Maasir » et les communautés ouest -africaines présentes au Sénégal, en marge du Festival des Arts et de la Culture de l’Afrique de l’Ouest (ECOFEST 2025).

Le cousinage à plaisanterie fait partie du riche patrimoine culturel immatériel qui constitue le socle de l’identité africaine et un levier puissant pour son développement. Les appellations différent d’un pays à un autre  ( « Kal ou Maasir» au Sénégal, « Toukpé » en Côte d'Ivoire « «Sanankouya » au Mali et « Rakiré » au Burkina Faso.

Ce mécanisme de régulation sociale, qui autorise et encadre la moquerie, la raillerie et les joutes verbales entre certains groupes ethniques, familiaux ou professionnels, a historiquement joué un rôle crucial dans la prévention, la dédramatisation et la résolution des conflits, le renforcement des liens intercommunautaires et la promotion de la paix.

Pour le sociologue tchadien, Mbete Nangmbatnan Félix, la parenté à plaisanterie, chez les communautés Sara, est un outil philosophique ancien utilisé pour dire des vérités, désamorcer les tensions et renforcer les alliances, notamment à travers le mariage exogamique.

« Ces pratiques trouvent leurs racines dans les traditions pharaoniques mises en lumière par le savant sénégalais et africain, Cheikh Anta Diop », a fait savoir le spécialiste en sauvegarde sociale, appelant les autorités africaines à soutenir les chefferies traditionnelles afin de préserver cette cohésion.

Dans un contexte africain et mondial marqué par des tensions identitaires, des conflits communautaires et des défis liés à l'intégration sous-régionale, alors que le Sénégal accueille la première édition d’ECOFEST (Festival ouest-africain des Arts et de la Culture), sous le thème « Mutations et crises politiques en Afrique de l’Ouest : Que peut faire la Culture ? », il est impératif de revisiter les pratiques endogènes.

Le Coordonnateur du Forum Social Sénégalais, Mamadou Mignane Diouf explique que le cousinage à plaisanterie est une valeur qui remonte aux grands empires africains. Le cousinage à plaisanterie, souligne-t-il, a permis aux peuples de cohabiter malgré leurs différences. Pour perpétrer cette pratique millénaire dans toute la région ouest-africaine, il propose qu’une rencontre soit organisée en Côte d’Ivoire ou dans un pays de la sous-région, pour permettre de vulgariser davantage l’apport du cousinage à plaisanterie dans la stabilité sociale et la pacification de l’espace communautaire.

L’Administrateur général du Monument de la Renaissance Africaine, Birame Mbarou Diouf, s’est, pour sa part, félicité de la création de ce cadre de réflexion académique et culturelle, en marge d’ECOFEST. Selon lui, cette tradition séculaire se veut un vecteur de cohésion sociale et d’intégration sous-régionale. C’est pourquoi, il remercie les Commissions de la Cedeao et de l’Uemoa, ainsi que le Ministère de la Culture pour l’organisation de cette conférence sur une thématique socialisante « Le Cousinage à Plaisanterie : un Vecteur de Cohésion Sociale et de réconciliation au service de la Renaissance africaine ».

Toutefois, le cousinage à plaisanterie n’a pas pu régler les conflits.

« Nous sommes dans un contexte où de plus en plus il y a beaucoup de conflits qui sont en train de naître à travers l’Afrique et dans le reste du monde », a fait remarquer le modérateur de la conférence, Mamadou Mignane Diouf.

Il soutient, en effet, que ce patrimoine immatériel mérite d’être préservé en démultipliant les cadres d’échanges dans les universités, les écoles, dans les quartiers et espaces culturels, avec le concours des chefferies traditionnelles.

« Avons-nous accepté, qu’avec les États modernes, on nous demande d’oublier nos royaumes alors que des États modernes comme la Grande-Bretagne, la Belgique ou la Norvège ont conservé leur couronnes ? », s’interroge M. Diouf.

Il estime fondamental de conserver « nos têtes couronnées à côté de l’Etat central » pour créer un arbitrage équilibré dans la gestion des questions politiques et des conflits sociaux.

« Je crois que ce n’est pas antinomique de pouvoir conserver aussi certaines de nos couronnes qui peuvent aider l’Etat moderne à mieux fonctionner », a-t-il conclu.