Industries culturelles africaines : un marché régional en pleine mutation
3/12/25
Réunis autour du thème « Industries culturelles et créatives : marché régional et circulation des artistes et des œuvres », les acteurs majeurs du cinéma, des festivals, du numérique et des arts visuels d’Afrique de l’Ouest ont engagé un débat stratégique sur l’avenir de la création africaine. Trois panels de haut niveau, animés par des experts du Burkina Faso, du Sénégal, du Mali, du Nigeria, de la Côte d’Ivoire, de la Gambie et du Bénin, ont mis en lumière les défis urgents, les modèles économiques émergents et les opportunités d’intégration culturelle dans l’espace communautaire.

Un marché culturel régional à structurer pour libérer l’énergie créative africaine. Le premier panel, consacré à la circulation des artistes et des œuvres, a rassemblé des personnalités influentes du secteur : Luc Maytoukou à la modération, Aboubacar Ouango du FESPACO, Abdramane Kamaté du MASA, Marème Ba de la Biennale de Dakar, l’attachée Maïga du Festival sur le Niger et Wasiu Olawale Bello du Festival Osun Osogbo. Tous ont souligné la nécessité d’harmoniser les politiques culturelles régionales pour faciliter la mobilité des créateurs et la diffusion des œuvres.
Ils ont insisté sur les obstacles persistants, lenteurs administratives, coûts de transport, absence de plateformes régionales solides, tout en rappelant le potentiel économique immense d’une libre circulation culturelle mieux organisée. Les festivals phares de la sous-région témoignent de la vitalité artistique du continent, mais leur impact reste limité par des barrières encore trop fortes entre les pays.
Nouveaux modèles numériques : une révolution culturelle en marche
Le second panel, modéré par Oumar Sall de Cinekap (Sénégal), a porté sur les industries culturelles numériques. Autour de lui, Youma Fall, experte en développement culturel, Thierry Millogo de Mercury Burkina, Oluseyi Asurf Amuwa de Nollywood (Nigeria), William Kodjo de l’Agence béninoise de développement des industries culturelles et Seck Dieng du Fonds des Cultures Urbaines (Sénégal) ont analysé l’évolution des plateformes de création, de production et de distribution.
Les intervenants ont montré comment le streaming, les réseaux sociaux, les studios virtuels et les nouveaux modes de financement bouleversent les modèles traditionnels. Nollywood, aujourd’hui première industrie cinématographique du continent, sert de référence en matière de production rapide, de diffusion massive et de stratégies économiques innovantes. Les panélistes ont également souligné que la transition vers le numérique doit s’accompagner d’un soutien public accru, d’une formation des jeunes et d’un cadre juridique adapté pour protéger les artistes et rentabiliser leurs œuvres.
La production sociale des artistes : un enjeu de reconnaissance et de protection
Le troisième panel, dirigé par l’auteure et critique Mariam Touré, avec Oumar Sall à la modération, a ouvert une discussion approfondie sur la place sociale de l’artiste africain. Olimata Taal de l’African Artists and Performers International (AAPI Gambie), Hugues Diaz, Directeur des Arts du Sénégal, et d’autres experts ont mis en avant la nécessité de mieux encadrer le statut professionnel de l’artiste.
Ils ont rappelé que la création artistique n’est pas seulement une vocation, mais un métier qui exige un accompagnement, une protection sociale, un financement régulier et des institutions capables d’assurer la stabilité professionnelle des créateurs. La reconnaissance du rôle social des artistes apparaît comme une condition essentielle pour assurer la continuité et la qualité de la production culturelle africaine.
Une ambition commune : faire du marché culturel africain un espace réellement intégré
Les panels ont convergé vers une même conclusion : l’Afrique dispose d’un patrimoine artistique exceptionnel, d’un public jeune et dynamique, d’un marché immense et d’une créativité reconnue dans le monde entier. Mais sans une structuration régionale solide et sans un soutien institutionnel constant, ce potentiel restera sous-exploité. La volonté est là, les pratiques évoluent, mais la véritable intégration culturelle reste à construire.
Les clés pour propulser la culture africaine sur la scène mondiale
L’avenir des industries culturelles africaines repose sur plusieurs axes essentiels : renforcer la mobilité des artistes dans l’espace régional, professionnaliser davantage les filières culturelles, soutenir l’innovation numérique, faciliter l’accès au financement, harmoniser les cadres juridiques, moderniser les infrastructures et créer des passerelles entre les créateurs et les marchés internationaux.
Les experts estiment qu’avec une coopération mieux structurée entre États, festivals, plateformes numériques et acteurs privés, l’Afrique peut devenir un pôle culturel majeur, capable d’exporter ses œuvres, de valoriser ses talents et de s’imposer comme une puissance créative mondiale.


